DOSSIER 17 ÉTANCHÉITÉ.INFO #89 MARS 2026 MATÉRIAUX construction en deux catégories. La première regroupe ceux constitués majoritairement en masse de minéraux ne contenant ni verre, ni laines minérales, ni plâtre. La seconde rassemble les autres, dont les membranes bitumineuses et synthétiques (plastiques), la laine de verre, la laine de roche… Contrairement à certaines familles de matériaux telles que le bois, les inertes, le métal et depuis peu le plâtre, elles ne bénéficient pas toujours de dispositifs de collecte opérationnels « car elles sont classées dans la catégorie des flux optionnels, souligne Caroline Lestournelle, secrétaire générale du syndicat national des fabricants d’isolants en laines minérales (FILMM). Ce qui signifie que les points de reprise n’ont pas l’obligation d’accepter ces types de déchets. » Et ce malgré une augmentation des volumes récupérés. « Nous avons beaucoup travaillé, avec la Chambre syndicale française de l’étanchéité (CSFE) particulièrement, pour mettre en place et développer la collecte des produits mis en œuvre en toiture-terrasse. Sur le gisement de 71 000 tonnes de déchets de membranes bitumineuses déposées, 20 000 tonnes ont été collectées. En 2024, il n’y avait rien », explique Thibault Lerouge, chef de projets innovation et expert matériaux chez Valobat. Des progrès certains donc, mais encore insuffisants car collecte ne signifie pas forcément retraitement. « Nous le constatons au quotidien, déplore Sandra Julien, dirigeante de l’entreprise J2C Étanchéité. Nous trions, nous transportons, nous louons des bennes pour le stockage en entrepôt (voir encadré) pour qu’au final, nos déchets finissent enfouis. » Pour Manuel Decoodt, président des commissions technique et environnement de la CSFE, le principal frein au recyclage des produits et matériaux d’étanchéité, « c’est son coût encore défavorable par rapport à un produit neuf ». François Hababou, chef de produit, marketing et développement chez Rockwool, confirme : « Le basalte, matière première de la fabrication de la laine de roche, est abondant. Son coût est limité par rapport à un traitement des déchets et est facile à transporter. Pour que le recyclage se développe, il faut qu’il soit compétitif financièrement, notamment par rapport à l’enfouissement. Ce n’est pas encore forcément le cas aujourd’hui. » INCINÉRATION En attendant, pour éviter que les déchets soient enterrés, « la solution la plus intéressante à ce jour reste la transformation en combustible appelée Combustibles solides de récupération (CSR). Les matériaux sont transformés en énergie par incinération sur des sites industriels comme les cimenteries », poursuit Manuel Decoodt. On parle alors de valorisation énergétique et non de recyclage. Mais ce dernier est-il vraiment inexistant ? La réponse est évidemment non. Les industriels de l’étanchéité et de l’isolation n’ont, pour la plupart, pas attendu la REP pour réfléchir à des solutions de recyclage des matériaux (voir articles p. 20 et 21). Mise en valeur dans les FDES, considération environnementale, image de marque… Tous se penchent sur la question mais connaissent des niveaux La REP en voie d’évolution Dans le cadre de la REP, pour faire reprendre ses déchets, une entreprise avait trois possibilités : - l’apport en points de reprise ; - la reprise sur chantier ; - la reprise à l’entrepôt. Néanmoins, depuis cet été, certains services, notamment la reprise sur chantier, sont à l’arrêt, justifié par les éco organismes par « la hausse significative des non-conformités de tri ces derniers mois » et « la saturation de certaines filières de recyclage qui génère des surcoûts logistiques et fragilise l’efficacité du dispositif ». La Chambre syndicale française de l’étanchéité (CSFE), comme de nombreuses autres organisations professionnelles, déplore « cette situation intolérable » pour les entreprises d’étanchéité et de bardage qui s’acquittent de leur éco contribution et trient leurs déchets sans pouvoir bénéficier d’un service de reprise sans frais. La FFB a engagé un recours contentieux auprès de l’État. Ce contexte devrait évoluer. Le processus de refondation, engagé il y a un an, n’est toujours pas abouti mais le gouvernement a dévoilé, jeudi 19février2026, des pistes pour améliorer le dispositif avec trois axes principaux : l’amélioration du maillage territorial des points de reprise des matériaux, une baisse des coûts de la REP et une évolution de la gouvernance. Concrètement, cela se traduirait par « des soutiens financiers additionnels » de la part des éco organismes dans les zones où le maillage (les déchetteries professionnelles, les distributeurs volontaires et les déchetteries publiques) est insuffisant. Les éco contributions devraient également servir, via la création d’un fond, « au financement du traitement des dépôts sauvages ». En parallèle, la notion de matériaux « non matures » (soit en demande de structuration tant en termes de collecte que d’exutoires) se confirme. Membranes bitumineuses et laines minérales y seront, par exemple, intégrées. Enfin, concernant la gouvernance, « un délai maximal sera fixé entre la signature d’un contrat type par une collectivité et la mise en place effective des soutiens ou la prise en charge des déchets ». Les opérations de communication ne seront plus financées et seront « remplacées par une logique d’obligation de résultat ». Les organisations professionnelles applaudissent ces évolutions. C’est le cas notamment de la CSFE et de la FFB, d’autant plus que « le ministre a suivi une autre de nos demandes fortes en actant une visibilité de neuf mois sur les barèmes des éco contributions afin d’intégrer en amont les frais induits par la REP dans les marchés et devis de travaux ». Les modalités de mises en œuvre n’ont pas encore été dévoilées à l’heure où nous écrivons ces lignes. Les cahiers des charges encadrant les éco organismes seront refondus et de nouveaux agréments seront délivrés.
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