DOSSIER 16 URBANISME ÉTANCHÉITÉ.INFO #90 JUIN 2026 DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE Les toitures-terrasses, une solution contre les îlots de chaleur urbains ? Il fait plus chaud en ville qu’à la campagne. Les différences de température peuvent atteindre 10 °C, notamment la nuit en période de canicule. L’enjeu est majeur : permettre, face à l’accélération du réchauffement climatique, que les zones urbaines restent habitables. Heureusement, des solutions existent et l’exploitation de la toiture-terrasse en fait partie. ADELINE DIONISI Il fait en moyenne 5 °C de plus en ville qu’à la campagne. Les îlots de chaleur urbains (ICU), parce que c’est comme ça qu’on les appelle, les citadins les connaissent bien, surtout l’été évidemment. Car, si les épisodes de chaleur n’épargnent plus personne, en ville, ils sont encore pires : les températures étouffantes de la journée ne diminuent pas comme on l’espérerait la nuit. L’écart de température nocturne entre ville et campagne peut même atteindre 10 °C en période de canicule. C’est énorme et vu la trajectoire climatique que nous prenons, on peut légitimement se demander comment cela pourrait s’arranger. Il faut agir mais comment ? Car l’enjeu est bien de permettre à la ville de rester habitable. Quelles sont donc les solutions ? Les toituresterrasses peuvent amener leur pierre à l’édifice ? Ces questions, nous les avons abordées le 26 mai dernier, en pleine période de canicule d’ailleurs, lors d’une émission spéciale organisée par la rédaction d’Étanchéité.Info. Nous avons réuni quatre intervenants pour en débattre : Julien Bigorgne, ingénieur environnement à l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), Emmanuel Bozonnet, Professeur des universités à l’Université de La Rochelle, directeur du laboratoire commun Tipee Lasie, Yannik Beix, viceprésident de l’association pour la végétalisation de l’îlot bâti et des infrastructures (Adivet) et Rémi Perrin, directeur R&D chez Soprema. ARTIFICIALISATION DES SOLS Pourquoi fait-il plus chaud en ville qu’à la campagne et surtout pourquoi la nuit ? « Les ICU sont la manifestation d’une modification locale du climat due à l’artificialisation des sols », explique Julien Bigorgne. Cette transformation des espaces naturels en surfaces minérales a deux conséquences principales. « La première, c’est la perte du cycle de l’eau. » Au lieu d’être stockée dans les sols et mobilisée par les végétaux, parfois des mois plus tard comme c’est le cas notamment en forêt, en ville, l’eau ruisselle. Elle est envoyée directement au réseau sans capitalisation possible pour les périodes sèches. La seconde, c’est la captation de la chaleur par les sols artificialisés et par les bâtiments. Ils absorbent le rayonnement lumineux le jour et le restituent de manière différée sous forme de chaleur la nuit. « Ce phénomène est lié à l’inertie des matériaux utilisés pour construire la ville. » Il peut être renforcé par la morphologie urbaine, comme « dans ce qu’on appelle les canyons urbains, constitués de bâtiments hauts et de rues étroites. Le rayonnement de la chaleur vers le ciel est très contraint ». Ou diminué, « lorsque les bâtiments sont bas et les rues dégagées ». Un troisième facteur entre aussi en jeu : « c’est la consommation d’énergie par les activités humaines qui génère toujours de la chaleur. On pense évidemment © Vincent Eschmann La toiture de la Manufacture des tabacs à Strasbourg a fait l’objet de mesures, avant et après rénovation, pour évaluer les effets d’une végétalisation à fort pouvoir évapotranspirant.
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