DOSSIER 18 URBANISME ÉTANCHÉITÉ.INFO #90 JUIN 2026 aux véhicules thermiques mais on peut aussi citer la climatisation qui, si elle injecte de l’air frais à l’intérieur, elle en expulse du chaud à l’extérieur ». DEUX ÉCHELLES Cette surchauffe se manifeste à deux échelles. « L’ICU est un dôme de chaleur qui se forme sur la ville, donc de manière globale. Ses effets se cumulent dans l’espace et dans le temps et on les mesure notamment avec la température de l’air », souligne Emmanuel Bozonnet. À l’échelle du piéton, en revanche, cette hausse des températures peut être perçue différemment si des courants d’air traversent la zone, si la rue est ombragée, le sol végétalisé… « Le confort thermique est très lié au ressenti et donc à l’environnement immédiat : le sol, les façades… », rappelle Julien Bigorgne. On peut donc envisager deux manières de lutter contre les ICU : s’attaquer à leur impact sur le climat global de la ville ou s’attacher à améliorer le confort de ses usagers. De nombreux organismes se sont penchés sur la question dont l’Apur, avec le projet Epicea, mais aussi l’Ademe, le Cerema, le CNRS… Tous soulignent que les solutions fondées sur la nature sont les plus efficaces. Les parcs, les jardins, les plans d’eau, les arbres cochent toutes les cases, quelle que soit l’échelle retenue. Elles confirment aussi, même si c’est dans une moindre mesure, que les bâtiments peuvent aussi jouer un rôle. L’utilisation de leur toit notamment, offrirait des perspectives, surtout lorsqu’ils sont plats. Deux grandes solutions ont été identifiées : les toitures-terrasses végétalisées et celles avec revêtement réflectif. Elles font appel à des principes différents mais chacune évite les fortes montées en température et le stockage de la chaleur que l’on peut observer avec les revêtements sombres classiques. VÉGÉTALISATION La première joue sur plusieurs leviers : « la végétalisation crée de l’ombrage sur la toiture et empêche la chaleur d’y pénétrer, précise Yannik Beix. Mais le facteur le plus impactant, c’est l’évapotranspiration des végétaux et l’évaporation substrat. » Le principe : le système de végétalisation absorbe le rayonnement solaire et infrarouge incident, utilise l’énergie pour la photosynthèse et évapore l’eau qu’elle contient. « Résultat, la journée comme la nuit, la toiture s’affranchit de toute surchauffe, comme un climatiseur naturel. » Néanmoins, en tant qu’environnement contraint et restreint, la toiture végétalisée doit remplir quelques conditions pour remplir pleinement son rôle. Le substrat doit être assez épais pour accueillir des plantes à fort pouvoir évapotranspirant. « Ces dernières sont connues et répertoriées », souligne Yannik Beix. On peut citer par exemple l’iris, l’épiaire, la menthe aquatique ou le populage des marais. Surtout, pour que l’écosystème fonctionne, il a besoin d’humidité et donc souvent d’irrigation. En effet, comme le rappelle Rémi Perrin, « si la toiture végétalisée est trop sèche, l’effet peut être contre-productif ». Or, en cas de fortes chaleurs, le spectre du stress hydrique plane. Et on le sait, interdire l’arrosage est l’une des mesures, voire la première, prise en cas de sécheresse. « On constate une désynchronisation de l’offre et de la demande : les plantes vont évaporer l’eau après des épisodes pluvieux, soit quand on n’en a pas besoin », poursuit le directeur R&D. Pour rétablir l’équilibre tout en évitant les surconsommations d’eau, les solutions existent. « Les dispositifs de stockage d’eau temporaire, avec potentiellement de l’irrigation d’appoint, permettent de soutenir l’humidité nécessaire à la plante pour mieux évapotranspirer et rafraîchir l’air ambiant », souligne Yannik Beix. Et respecte donc la valeur de la goutte d’eau. Chez Soprema, le département R&D travaille sur la récupération des eaux non conventionnelles (eaux de pluie, eaux grises du bâtiment) pour ne pas avoir recours à une irrigation avec de l’eau Les membranes réfléchissantes sont efficaces sur les températures intérieures lorsqu’elles sont mises en œuvre sur des bâtiments légers dont les toitures sont peu ou pas isolées. Le photovoltaïque et les gravillons aussi ! On y pense moins pour lutter contre les ICU, mais l’application de modules solaires en toitureterrasse peut être intéressante lorsqu’ils viennent remplacer une surface à faible albédo. Certes, les modules monteront rapidement et fortement en température mais, en raison de leur faible inertie, ils refroidiront aussi beaucoup plus vite la nuit. En outre, par leur effet d’ombrage, ils vont limiter les surchauffes de la membrane d’étanchéité. Quant aux toitures gravillonnées, elles pourront être efficaces uniquement « si la couche de granulats contient de l’eau. Si ce n’est pas le cas, en revanche, elle surchauffera », précise Rémi Perrin, directeur R&D de Soprema. ©Soprema Entreprises
RkJQdWJsaXNoZXIy MTY5NjE1OA==