TÉMOIN 38 ÉTANCHÉITÉ.INFO #90 JUIN 2026 PRISCILLE BÉGUIN LE CONTEXTE Priscille Béguin est ingénieure spécialisée en génie civile et en mécanique des fluides, diplômée de l’INSA de Lyon. Elle a commencé sa carrière au sein d’une commune, en charge notamment de la politique de l’eau puis en tant qu’ingénieure recherche au sein du DEEP de l’INSA de Lyon. Présidente d’ÆGIR pendant 10 ans, elle a fondé Climera en 2025. L’entreprise développe des technologies de modélisation, d’analyse et de pilotage pour permettre aux assureurs, réassureurs et aux acteurs de l’immobilier de transformer le risque en stratégie d’adaptation. « La toiture végétalisée est un vaccin contre les inondations provoquées par les pluies » Entretien avec Priscille Béguin, fondatrice et dirigeante de Climera PROPOS RECUEILLIS PAR ADELINE DIONISI Comment accélérer l’adaptation des bâtiments et des territoires au changement climatique ? Pour Priscille Béguin, il faut s’adresser aux acteurs les plus exposés aux risques, notamment les assurances, les banques et les constructeurs, en leur parlant leur langage. Elle explique à Étanchéité.Info sa démarche. ÉTANCHÉITÉ.INFO Vous avez créé votre société spécialisée dans l’anticipation des risques climatiques Climera en 2025. Quelles étaient vos motivations ? PRISCILLE BÉGUIN J’ai une formation d’ingénieure spécialisée en génie civil et en mécanique des fluides. Après mes années de recherches, j’ai accompagné les collectivités territoriales dans la gestion des risques liés aux inondations. Cette expérience s’est avérée assez frustrante en raison du décalage entre les techniques et les technologies à disposition pour anticiper ces catastrophes et les moyens mis en œuvre sur le terrain. Pour combler ce fossé, nous avons décidé de monter, avec mon associé, une première structure : un bureau d’études spécialisé dans l’analyse, la maîtrise et la réduction des impacts environnementaux des installations hydrauliques complexes. Nos travaux ont mis en lumière le fait que les données liées à l’exposition aux risques ont été produites il y a une trentaine d’années pour les plus anciennes et déjà plusieurs années pour les plus récentes. Elles n’intègrent pas vraiment les scenarii en lien avec le changement climatique. Dans ce contexte, les acteurs de la transformation et l’adaptation des territoires et des bâtiments ne disposent pas des paramètres adaptés pour prendre les décisions appropriées. Avec en premier lieu le fait que, même si la trajectoire d’augmentation de la température moyenne est générale, les événements météorologiques à venir seront toujours locaux. Il n’existe pas une solution universelle. C’est pour combler ce manque que nous avons fondé Climera. E.I. Pour cela, vous avez fait le choix de vous adresser à des acteurs bien spécifiques… P.B. En plus des services publics, nous avons priorisé les secteurs à même de percevoir l’adaptation au changement climatique comme bénéfique pour leurs activités, à savoir les assurances et les banques, les constructeurs et les gestionnaires de parc immobilier et les industriels de la construction. E.I. Quelle méthodologie leur présentez-vous ? P.B. Elle est spécifique à chaque interlocuteur en fonction de leurs intérêts. Assurances et banques ont l’habitude de la notion de risques mais y répondent avec des solutions économistes, décorrélées des réalités territoriales et des menaces qui se concrétisent. C’est justement ce que nous leur proposons : des données précises et ciblées, site par site car elles ne sont pas transposables d’un territoire à l’autre, et que nous traduisons en réalité de terrain. Par exemple, on n’alerte pas seulement sur le fait qu’à tel endroit, la montée des eaux pourrait atteindre 1,5 m et à tel autre 45 cm. On en évalue également l’impact sur les bâtiments potentiellement touchés en fonction de leur configuration et de leur mode de conception propres. Les intérêts des constructeurs sont différents. L’immobilier est un marché de valeur censé augmenter avec le temps. Or le changement climatique inverse la tendance : aujourd’hui en France, on estime qu’il pourrait entraîner une baisse de prix de certains actifs de 50 %. E.I. Pour les convaincre, vous leur parlez donc intérêts économiques ? L.B. Oui. Nous utilisons leur langage pour leur faire comprendre que l’adaptation de leur parc immobilier au changement climatique est rentable, qu’elle va leur faire gagner de l’argent. Investir aujourd’hui quelques millions d’euros leur évitera d’en dépenser plusieurs dizaines quand il leur faudra reconstruire car leur actif a été victime d’une crue importante ou d’une tempête
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