TÉMOIN 40 ÉTANCHÉITÉ.INFO #90 JUIN 2026 PRISCILLE BÉGUIN dévastatrice. Sans parler des difficultés à revendre ou à louer. C’est un fait qui se vérifie : les factures climatiques sont énormes et les biens immobiliers se dévaluent. C’est pourquoi nous leur soumettons l’ensemble des indicateurs physiques et économiques qui pourraient impacter leurs bâtiments, les solutions à mettre en place et un estimatif financier de leur déploiement. L’objectif est de permettre à ces acteurs de se projeter : combien le risque climatique coûte, combien s’en préserver représente et combien, au final, ça va leur rapporter. Le tout en fonction du climat local et son évolution. E.I. Et les industriels ? P.B. Ils sont nombreux à prendre conscience que les produits d’aujourd’hui, dont la durée de vie s’étend sur plusieurs dizaines d’années, pourraient ne pas faire le poids face à des pressions météorologiques contre lesquels ils n’ont pas été conçus. Par exemple, un matériau actuel fabriqué pour être capable de résister à une semaine de température supérieure à 45 °C ne sera plus adapté dans quelques années quand les périodes de canicule pourront atteindre plus de 30 jours par an. E.I. Il leur faut donc concevoir d’autres produits ou modifier les existants ? P.B. Deux solutions s’offrent à eux : soit effectivement adapter leur catalogue au changement climatique, soit, si c’est possible, réorganiser leur déploiement territorial. Par exemple, un produit pourrait continuer à être mis en œuvre dans le nord de l’Europe mais son usage deviendrait proscrit au sud. Certains industriels mettent d’ailleurs déjà en place ces répartitions. E.I. L’adaptation des bâtiments au changement climatique passe également par une évolution des modes de conception… P.B. Evidemment. Le bâtiment s’inscrit toujours dans une réalité de terrain qui lui est propre. C’est d’ailleurs pourquoi jusque dans les années 1970, on ne voyait pas de toits plats en Suède à cause de la neige mais beaucoup au Maroc en raison de la chaleur. La notion d’optimisation de la construction qui a dominé aprèsguerre a fait oublier l’importance du design régional des bâtiments. On le remarque encore aujourd’hui avec la préfabrication parfois présentée comme un idéal pour construire vite et bien. Sous l’angle industriel, c’est indéniable. Mais reproduire partout un même ouvrage ne peut s’inscrire dans un contexte de changement climatique et ses conséquences encore une fois souvent très localisées. La construction ne peut pas être comparée avec l’industrie automobile car elle produit des lieux de protection contre, justement, ces aléas météorologiques. Chaque bâtiment doit par conséquent être adapté à son propre contexte environnemental et aux risques auxquels il peut être exposé. E.I. Quelles solutions techniques proposez-vous à vos clients pour anticiper ces risques ? P.B. Nous fournissons tout d’abord une simulation très concrète portant sur différents scenarii des évolutions climatiques et la manière dont le bâtiment et le territoire vont se comporter en l’état. Puis, dans un deuxième temps, nous proposons différentes solutions techniques, bâtiment par bâtiment, en fonction de leur âge, leur taille, de la parcelle sur laquelle il se situe, de leur environnement et nous en calculons leur rentabilité aux regards des risques encourus. Cela peut être l’installation de batardeaux à tel endroit, d’une digue ou d’un point de stockage à un autre, de la mise en œuvre d’une isolation par l’extérieur en façade ou de végétalisation en toiture… E.I. Vous évoquez les toitures végétalisées. De quelle manière s’intègrent-t-elle dans l’adaptation au changement climatique ? P.B. Nous travaillons beaucoup sur les problématiques d’inondations et la désimperméabilisation des sols constitue la mécanique la plus efficace pour réduire les risques à l’échelle du territoire. Les toitures-terrasses végétalisées, avec leur capacité de rétention d’eau, peuvent y répondre mais, encore une fois, il faut d’abord analyser le contexte des risques encourus. S’ils sont générés par des débordements et des crues de cours d’eau, la toiture végétalisée n’aura aucun effet. En revanche, dans certaines régions aux reliefs escarpés et sensibles aux pluies cévenoles comme dans le sud-est de la France, elles prennent tout leur sens. La pluie y tombe de manière violente et ruisselle à grande vitesse sur les fortes pentes. Les toitures végétalisées, en en stockant une partie, peuvent ralentir ce phénomène et préserver notamment le voisinage en contrebas. En d’autres termes, et c’est parfois ce qui bloque les propriétaires, elle ne protège pas forcément le bâtiment en lui-même mais les autres. Il faut la voir comme un vaccin territorial : son installation profite à tous et plus il y en a, plus le territoire est immunisé ! l
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