DOSSIER 22 FILIÈRE BARDAGE.INFO #29 MAI 2026 dépasser 2,55 m de largeur, 2,90 m de hauteur et 16 m de longueur pour ne pas basculer en convoi exceptionnel et ses contraintes ! » Ces gabarits impactent les systèmes : « Ils imposent par exemple des joints entre façade répétés et multiples. Il faut s’assurer que le calepinage des parements de bardage les a prévus. » Finalement, ce changement de paradigme fait passer l’industriel du bardage au rang de fournisseur - « dont le rôle de conseil reste primordial, précise Anca Cronopol, car il reste l’expert de son produit et de sa bonne exploitation » - et l’industriel de la préfabrication à celui de constructeur ! « Nous achetons parements et ossatures auprès des fabricants spécialisés. Ils sont découpés et positionnés sur le support en atelier », confirme Paul Cordier, ingénieur d’affaires chez Sybois. Monter ainsi une façade complète demande par conséquent les compétences de plusieurs corps d’état à la fois. C’est pourquoi on assiste à l’émergence d’un nouveau métier : celui d’assembleur, pour le moment généralement issu du monde de la charpente. Il suppose quelques investissements en formation et l’acquisition d’outils numériques pour la réalisation de maquettes partagées. Le BIM permet non seulement à chacun d’avoir le même niveau d’information mais aussi de déceler les incohérences et « de limiter la multiplication des plans qui peut potentiellement devenir source d’erreurs », relève Thomas Delepine. LE BARDEUR EN AMONT Quelle est alors la place du bardeur dans le hors site ? « Il existe deux options aujourd’hui, souligne Anca Cronopol. La première (que l’on a évoqué plus haut NDLR) voit le bardage mis en œuvre en atelier et le bardeur est effectivement, dans ce cas, remplacé par l’assembleur. La seconde, et c’est encore la plus courante, consiste à rapporter, sur chantier, le revêtement sur un support conçu horssite, comme c’est le cas avec les FOB. » L’entreprise de bardage doit alors intervenir en amont dans le process de conception « pour s’assurer par exemple que nous bénéficions des bons espacements entre ossatures pour rapporter nos parements, que les tolérances sont respectées et prennent en compte les déformations inhérentes à ces procédés constructifs », rappelle Aurélien Sollet, dirigeant de l’entreprise de bardage SEV Groupe. Son expertise restera également nécessaire pour l’ensemble des travaux de finitions qui ne peuvent être effectués sur site. « Il faut néanmoins rester attentifs pour conserver nos savoir-faire en matière de conception et de pose, insiste Pierre Archez, président de la commission bardage de la Chambre syndicale française de l’étanchéité (CSFE). Le risque étant que les entreprises de bardage ne deviennent que des exécutants. » La FFB conseille aux entreprises d’associer leurs compétences pour répondre aux marchés. (voir encadré) UN MARCHÉ ENCORE RÉDUIT Pour le moment, on est loin de la massification du hors-site. « Le marché ne décolle pas pour l’instant en raison notamment d’un volume insuffisant et donc de coûts encore plus élevés que ceux des solutions traditionnelles », explique Julien Parc, responsable d’activité études prospectives au sein La prudence des assureurs Les opérations hors-site introduisant un mur complet en bois avec bardage intégré sont encore rares mais existent. Comme à chaque fois qu’une disposition constructive nouvelle fait son entrée, la question de sa validation technique et de son assurabilité se pose. Les éléments préfabriqués ne font évidemment pas exception, bien au contraire. Les COB et les FOB sont couvertes respectivement par les NF DTU 31.2 et 31.4. Tous deux citent, dans leur domaine d’application, la possibilité d’avoir recours à des modules préfabriqués pour ces ouvrages. En revanche, ils ne visent pas le mur complet, c’est-à-dire avec le bardage rapporté en atelier. Au regard des assureurs, cela change radicalement la donne pour plusieurs raisons et la première et celle… du transport du module de l’atelier au chantier. « Les sollicitations dynamiques liées au transport ne sont pas envisagées dans l’immense majorité des textes de référence. Le domaine d’emploi, et donc le cadre du risque normalisé, est limité aux travaux réalisés in situ », rappelle SMABTP sur son site internet. C’est pourquoi le CSTB notamment a modifié ses pratiques. « Il ne s’agit plus de monter une maquette du procédé dans nos laboratoires mais d’y tester ses performances après transport », souligne Anca Cronopol, responsable développement et partenariat au sein de la direction Sécurité structure feu du CSTB. D’autres facteurs conduisent les assureurs à la prudence : « la notion de sinistre sériel est plus élevée que pour la construction traditionnelle sur site car une erreur pourrait être répétée plusieurs fois dans toutes les unités « préfabriquées » sortant de l’usine. Il est souvent aggravé par l’innovation, la possible mise en œuvre de procédés non suffisamment éprouvés ou mis en œuvre hors domaine d’emploi. » Ou encore d’un stockage inadapté. Et la liste ne s’arrête pas là et avec elle la nécessité de mettre en place des contrôles pour vérifier « l’étanchéité à l’eau des modules en façades et en couverture, l’étanchéité à l’air et une certaine vulnérabilité vis-à-vis des réglementations thermique, acoustique ou de la sécurité incendie, si une attention particulière n’est pas portée à toutes les phases du projet ». Bref, pour résumer, les assureurs considèrent le hors-site comme relevant de la technique non courante et étudient les dossiers au cas par cas. Et la SMABTP de conclure : « Si on veut massifier, il convient de faire évoluer le corpus normatif. » En effet, une évolution vers des techniques courantes (NF DTU, Avis technique, ATex…) constitue un levier clé pour sécuriser l’assurabilité au titre de la garantie décennale.
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